What a wonderful world (3) – Blue light

 C'est beau …

Depuis qu'il avait commencé à retrouver sa lucidité, Adam se mit à être beaucoup plus attentif à ce qui l'entourait.

Il aimait s'asseoir à l'extérieur de sa caverne lorsque la nuit avait tombé et mentalement faire le bilan des choses qu'il savait. Ce bilan, il le faisait scientifiquement, méthodiquement, comme s'il était l'orateur principal d'une conférence.

Parfois, allongé sur l'herbe, il avait la chance de voir une étoile timidement traverser le ciel perpétuellement morose.

Ce soir-là, il contempla une lumière bleutée déchirer le ciel gris. Il la suivit des yeux, émerveillé, jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'horizon quelques secondes plus tard.

Bon. Commençons par le début.

Il me semble que je suis dans une énorme forêt. J'ai vainement essayé d'en trouver les limites, mais mes explorations n'ont jamais abouti à des résultats ;

Je dis que c'est une forêt, mais je ne sais pas si ce terme est précis. Il n'y a pas de vie, ici. Du moins, elle est très rare.

Depuis que j'ai trouvé cette caverne, je marque la fin des jours avec une petite baguette de bois. Je fais ceci pour ma propre sanité, bien entendu.

Aujourd'hui marque mon 657ᵉ jour ici. En tout ce temps, je n'ai croisé la route de créatures vivantes que cinq fois. Et j'inclus bien les mouches dans mon compte.

Je suspecte qu'elles se cachent de moi. Par exemple, la nuit, je suis souvent réveillé par un hurlement de loup. Long, sauvage, solitaire, et … mélancolique ? J'ai l'impression qu'il est proche de moi, mais je ne l'ai jamais vu. Pourquoi ?

Mais pour tout vous avouer, je ne suis même pas sûr si cela fait vraiment 657 jours depuis mon arrivée ici. Il y'a des jours dont je ne me souviens pas du tout. Il m'arrive de me réveiller dans des endroits étranges. Ma lucidité est éphémère. Un peu comme cette magnifique étoile qui illumine un peu mes nuits solitaires.

Cette caverne par exemple, je ne me souviens pas comment je l'ai trouvée. C'est une sorte de tunnel enfoui sous de la végétation. Elle a l'air aussi vieille que le temps. Mais ce n'est pas tout.

La végétation est verte ici ; vivante. Je crois que c'est parce qu'il y'a un ruisseau à côté. La nuit, je l'entends doucement couler. C'est un son très agréable. Je n'ai pas honte d'admettre que j'ai pleuré la première fois que j'ai vu autant d'eau.

Il y'a toutes sortes de plantes et d'arbres ici. Chose intrigante, mais en les regardant, des mots me viennent à la tête. Le plus choquant, c'est que j'arrive à distinguer ceux qui peuvent me tuer en une minute, et ceux que je peux consommer sans craindre pour ma vie.

Ces mots qui me viennent en tête tout le temps… Ces images fugaces qui me troublent… Ces fragments d'une vie antérieure…

Ils veulent dire quoi au juste ?

J'ai omis ce détail jusqu'à présent, mais vous avez dû deviner que je ne sais pas qui je suis.

Je pense souffrir d'amnésie et d'hallucinations visuelles. Je ne vois pas d'autres explication.

 Ces choses-là que j'ai vu… Cette déesse pâle qui me souriait, ces corbeaux qui me prenaient pour leur dîner… Tout me pousse à croire que ce n'était pas réel.

Cette insoutenable puanteur, cette vie qui pourrissait … Cela ne pouvait pas être réel.

Je ne l'ai pas tuée.

Après tout, moi, un meurtrier ? Un déicide ? C'est ridicule…

Je ne l'ai pas tuée.

Je ne l'ai pas tuée !

Adam frissonna, essayant de penser à autre chose.

Et puis, il entendit le hurlement du loup réverbérer à travers l'indifférence de la nuit.

Alors que le hurlement résonnait encore dans l’obscurité, Adam, pris d’une impulsion presque animale, leva la tête et répondit. Son cri déchira la nuit. Un écho solitaire, chargé d’une douleur qu’il ne comprenait pas lui-même :

"AOOOOOOOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU"

Ensuite, Il se recroquevilla sur lui-même et ferma les yeux.

Il se demanda si le loup se sentait aussi seul que lui.

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