Continuum - Epilogue
Epilogue
Le troisième Admiral de l’Empire avait
cinq-quatre ans lorsqu’il embarqua pour son ultime voyage.
C’était un homme mûr, pragmatique,
discipliné.
Ayant vu le jeune Empereur grandir à
ses côtés, il était pris d’une énorme affection pour lui.
Il était déterminé à réussir sa mission.
Lorsqu’il vit Eclipsia pour la première fois, il ne put s’empêcher de
frissonner.
Il n’avait jamais vu de bateau aussi large, aussi majestueux, aussi magnifique
que ce qu’il avait devant les yeux.
Le dernier espoir de l’Empire.
Il était l’incarnation même d’un rêve.
Le jour du départ fut également extrêmement émotionnel pour lui.
Au bord d’Eclipsia, il compta plus de quinze-mille têtes.
Des ingénieurs, des techniciens, des soldats, des civils rêveurs, des
journalistes, des écrivains, des historiens.
Tout le monde était le bienvenu.
Lorsque le signal de départ fut donné, un fleuve de personnes se
déchainait dans un « AHOY » collectif.
il vit son jeune Empereur les regarder depuis la terre ferme avec un étrange sourire dans les
yeux.
Un sourire triste et rêveur.
Le troixième Admiral de l’Empire jura solennellement qu’il ne le décevrait
pas.
A bord d’Eclipsia, il navigua vers la fin du monde.
Il navigua vers des océans inexplorés.
Il navigua vers d’étranges terres en feu.
Il navigua vers des terres blanches où il ne cessait jamais de neiger.
Mais il ne trouva rien qui subviendrait au besoins de l’Empire.
Des années s’écoulèrent ainsi.
Les provisions régressaient.
Il n’y avait désormais assez que pour un voyage retour vers l’Empire.
Mais le troisième Admiral de l’Armée était un homme déterminé.
Il préférait la mort plutôt que de décevoir son Empereur.
Un jour, une tempête si puissante éclata que même Eclipsia ne put y
résister.
Les vents continuaient à l’entrainer selon leurs désirs, telle une
marionnette détenue par les fils du destin.
La tempête dura sept jours et sept nuits.
Le ciel s’éclaircit, et l’équipage, épuisé, sombra dans le sommeil.
Seul l’Admiral restait éveillé, incapable de déterminer leur position.
Occupé par ses réflexions, il repéra à peine un large groupe de mouettes
qui arrivait à pleine vitesse vers eux.
Pendant un bref instant, il pensa que les mouettes fuyaient quelque
chose.
Il sentit une excitation le gagner.
Une excitation qu’il n’avait plus ressenti depuis leur jour de départ.
Il ordonna que son équipage soit réveillé, et fit voler Eclipsia à pleine
vitesse vers la direction d’où les mouettes venaient.
Trois jours plus tard, ils atteignirent leur destination.
Il ne put en croire ses yeux.
Une immense île au milieu de nulle part.
Non, ce n’était pas la bonne description. Un immense pays au milieu de
nulle part.
Il repéra des arbres fruitiers.
Il repéra d’étranges bêtes qui broutaient paisiblement, insensibles à
leur arrivée.
Comme si ce n’était pas la première fois qu’elles étaient en contact d’êtres
humains.
Enfin, il repéra de larges fumées qui se dégageaient de l'île.
Il ordonna alors à ses hommes de se mettre sur leurs gardes, et se mit
en tête d’un premier groupe militaire de mille hommes afin de sécuriser l’île.
Ils étaient armés de la meilleure technologie du monde.
Le groupe marcha d’abord avec la mer à leur gauche, afin de sécuriser la
côte.
Ils passèrent la première nuit sous les étoiles.
Au lever du jour, le groupe reprit sa marche.
L’Admiral fut le premier à sentir une présence.
Il ordonna à ses hommes d’un geste de camoufler leur présence.
C’est alors que l’Admiral vit la chose la plus étrange de sa vie.
Il avait repéré un enfant qui n’avait pas l’air d’avoir plus de 10 ans.
Il était adossé sous un arbre, et regardait l’Admiral avec curiosité.
L’enfant était complétement nu.
Ses yeux étaient d’une magnifique couleur pourpre.
Ses cheveux étaient d’une éblouissante couleur argentée.
Son minuscule corps était tout blanc, comme s’il n’avait jamais été au
contact du soleil.
- « … Un dieu. » Pensa bêtement l’Admiral.
Il frissonna de peur.
Il se souvint brusquement ses obligations envers l’Empereur, et se ressaisit.
Il ordonna à ses hommes de capturer l’enfant.
- « Ce n’est qu’une créature sauvage. » Se dit-il, essayant de se justifier
envers lui-même.
Il se tourna alors vers l’enfant :
- « Je doute que tu comprennes un mot de ce que je vais te dire,
mais je t’accorderai le bénéfice du doute. Guide-moi vers ton peuple, et aucun
mal ne te sera fait. »
L’enfant avait été forcé debout par deux soldats costauds. Chacun d’entre
eux tenait fermement un bras. Assez fermement pour lui faire mal.
Mais l’enfant ne réagit pas. Il continuait à regarder l’Admiral avec
curiosité.
- « Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Tu ne mérites pas d’être
traité avec courtoisie. »
Il fit un signe vers ses hommes, et l’enfant fut brutalement jeté à
terre.
Ses bras et ses pieds furent enchainés.
Le groupe se remit en marche, avec l’enfant trainé sans pitié par ses
deux bourreaux.
- « Le reste de ces créatures ne doit pas être loin. Il n’a pas pu
se détacher bien loin du groupe. On continue ». Ordonna l’Admiral.
Son intuition fut correcte.
Moins d’une heure plus tard, le groupe repéra de la fumée.
Le déploiement se mit en position de combat.
L’Admiral essaya de repérer ce qui les attendait, mais toute la zone
était dissimulée par de gigantesques arbres.
Il attrapa alors lui-même l’enfant, et ordonna à ses hommes de le suivre.
Plus ils avancèrent vers la source du feu, moins l’Admiral se sentait à
l’aise.
Ses instincts lui criaient de fuir.
Mais il avait un devoir pour l’Empire.
Le Troixième Admiral de l’Empire ne battait jamais en retraite.
Ils arrivèrent enfin vers une immense clairière.
Il dût douter de ses yeux pendant un moment.
La première chose qu’il vit fut un immense bâtiment d’une couleur qu’il
n’avait jamais vu auparavant.
A ce jour, cette information manque aux livres d’histoire. Il n’y avait
simplement pas de mot dans le vocabulaire humain pour la décrire.
Au sommet du bâtiment, il vit très clairement une lune qui brillait de
toutes ses couleurs.
Il dut cligner plusieurs fois des yeux pour se rendre en compte que c’était
une statue forgée par des êtres humains.
Il remarqua également que le bâtiment possédait plusieurs portes, et il frémit
d’excitation en reconnaissant qu’elles étaient dorées.
« L’Empire sera restauré. J’ai réussi. » Pensa-il, pris d’émotion.
L’étrange édifice était au centre d’une sorte de village.
Il était entouré par des tentes argentées.
Il remarqua enfin un bûcher géant, dont s’échappait un énorme feu d’une
couleur verte.
Il vit pour la première fois des silhouettes qui étaient assises silencieusement
autour du feu.
« Vingt-trois », compta-il rapidement.
Il s’éclaircit la gorge, puis traina l’enfant vers le groupe, avec son
bataillon derrière lui.
Il cria :
- « Aucun mal ne vous sera fait si vous jurez allégeance pour l’Empire. Nous
ne sommes intéressés que par la richesse de la terre qui vous nourrit. Elle est
assez large pour que nous puissions vivre en paix tous ensemble. En
contrepartie, l’Empire vous garantira votre protection, votre liberté, et le droit
de conserver votre culture et vos traditions.
Vous avez jusqu’à l’aube pour réfléchir à notre offre. Nous serons de
retour avec encore plus d’hommes. D’ici là, nous gardons l’enfant. »
L’étrange feu vert lui cachait le visage des personnes auxquelles il s’adressait,
ce qui le mettait assez mal à l’aise. Cependant, il discernait très clairement
les regards posés sur lui.
Des yeux rouges, comme si peints par du sang.
Une silhouette se sépara du groupe et avança vers lui.
Un homme.
Un ange.
Un ange aux yeux rouges qui le regardait avec haine.
Ses cheveux d’un argent tellement intense qu’il dut cligner des yeux.
L’homme étrange le regarda silencieusement pendant plusieurs minutes.
Ensuite, il s’accroupit et plongea son regard dans celui de l’enfant.
L’Admiral fut de nouveau choqué lorsqu’il remarqua que les yeux de l’homme
avaient changé de couleur.
Ils étaient d’un pourpre extrêmement doux.
Il regardait l’enfant avec tellement d’amour et de tendresse que l’Admiral
fut submergé de honte.
Enfin, sans aucun égard pour l’Admiral, l’homme se retira et reprit sa
place au sein du groupe.
Troublé, l’Admiral prit l’enfant et se retira avec ses hommes.
Ils passèrent de nouveau la nuit sous les étoiles.
Mais l’Admiral ne trouva jamais le sommeil.
La nuit prit fin, et un soleil timide annonça le début d’un nouveau
jour.
- « Le début d’une nouvelle ère pour l’Empire » se répéta l’Admiral.
Rien ne l’aurait préparé pour la tournure que les événements
prendraient.
Son premier Lieutenant vint le trouver. Il était essoufflé, et son
visage trahissait la terreur qu’il ressentait.
- « Admiral, la moitié de nos hommes manquent à l’appel ».
Voici le rapport étrange des événements qui suivirent.
Le troisième Admiral demanda furieusement des explications, mais le lieutenant
insista que son chef vienne voir par lui-même ce qu’il voulait dire.
L’Admiral fut accueilli par un bataillon confus et pris de peur.
Un bataillon dont la moitié de ses forces manquait.
La moitié de ses hommes ne s’était jamais réveillée, et ne se
réveillerait plus jamais.
En inspectant avec frénésie les tentes des soldats manquants, il les
trouva paisiblement endormis.
Ou plutôt, c’était l’impression qu’ils donnaient.
En réalité, ils avaient tous arrêtés de respirer.
L’inspection des corps n’avait rien trouvé d’anormal. Aucune blessure,
aucune infection.
Pris d’une rage noire, l’Admiral rassembla ses hommes, prit l’enfant
argenté par les cheveux, et avança vers la clairière.
Les livres de l’histoire documenteront plus tard les batailles qui suivirent.
Les batailles des braves hommes de l’Empire contre les sorciers et
sorcières qui essayaient de les dérober de leurs âmes.
Mais ces livres ne réussiront jamais à capturer la réalité de la cruauté
qui eut lieu au sein de l’île.
Tout fut mis au feu.
Les hommes et les enfants furent brûlés vivants.
Les femmes furent brutalisées et violées, puis pendues.
Tout fut détruit.
Rien ne fut épargné.
Tout ce qui subsista furent les cendres du feu qui avait tout avalé.
Ce process se répéta au fur et à mesure que l’Admiral et ses hommes trouvaient
de nouveaux camps.
Ces événements furent oubliés par l’Histoire.
La propagande de l’Empire ne mentionnerait jamais la vérité.
Des années passèrent, puis des siècles les suivirent.
Le premier port de l'île fut bâti dans la clairière de la Première Bataille, à l'hommage des 500 hommes qui avaient bravement donné leur vie pour l'Empire.
Des cendres des Hommes aux yeux pourpres jaillit l’île du Continuum.
Des cendres des Hommes aux yeux pourpres jaillit la civilisation la plus
avancée de l’histoire de l’humanité.
Le passé du Continuum était désormais complétement enterré.
Ainsi, personne ne saurait jamais pourquoi l’entièreté de l’île avait un
jour brusquement sombré dans un sommeil éternel.
Personne ne saurait jamais comment une jeune fille aux cheveux argentés avait
réussi à survivre pendant aussi longtemps.
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