Continuum - 7

 https://www.youtube.com/watch?v=eni5eSUz30o

Il semblait à Fahd qu’il avait passé des heures à contempler la mer blanche devant lui.

Pourtant, les nuages étaient toujours orange.

Il grelottait de froid, et son nez semblait toujours déterminé à le vider de son sang.

Il voulut rentrer chez-lui.

Il voulut se cacher sous ses couvertures et ressentir de nouveau le confort et la chaleur de son lit.

Mais en réalité, il n’avait plus la force de se relever.

Son corps fatigué refusait de lui obéir.

Ses lèvres bleues tremblaient incontrôlablement.

Il réalisait qu’il commençait à se détacher de la réalité.

Paniqué, il regarda frénétiquement autour de lui, essayant de crier pour de l’aide.

Il ne trouva que les yeux verts du chat à ses pieds, qui le regardaient avec une profonde tristesse.

« -Que peux-tu faire pour moi ? « lui souffla-t-il à bout de forces.

Il perdait graduellement conscience.

Il surprit ses yeux en train de se fermer, et pensa vaguement qu’il ne serait pas si mal de dormir.

Mais pris d’un final instinct de survie, il se força à se réveiller et à regarder une dernière fois autour de lui.

- « Aidez-moi, s’il vous plait ! Quelqu’un. N’importe qui ! Aidez-moi ! »

Il lui sembla qu’il avait crié au secours, mais ses paroles avaient été emportés par le vent de mer furieux qui soufflait.

Tout ce qui subsista de son cri fut un vague murmure.

Il sentit brusquement une présence à ses côtés.

Il fit usage de ses ultimes forces pour la trouver.

- « Suis-je sauvé ? … »

A quelques pas de lui, il remarqua enfin une silhouette, enfouie dans l’obscurité de la fin du jour.

Pour un moment, il lui sembla que la silhouette rayonnait dans les ténèbres.

Mais malgré ses efforts, il n’arrivait pas à la discerner.

Alors il continua à la regarder de ses yeux suppliants.

Et, comme par miracle, son regard s’éclaircit et il la vit très clairement.

Une peau plus blanche que la neige qui l’entourait.

Une chevelure argentée si épaisse qu’elle lui tombait jusqu’ à la taille.

Des yeux rouges ardents de colère.

Un regard vindicatif.

Dans son vague délire, Fahd fut pris d’une extrême pitié pour la jeune fille qui le regardait avec haine.

- « N’a-t-elle pas froid ? Tout son corps est exposé… »

Au milieu de la frénésie de la nature, la silhouette s’avança.

Le vent soufflait avec une horrible violence.

La neige n’était plus qu’un flux chaotique de flocons blancs  

La mer n’avait jamais été aussi agitée.

Mais la silhouette, imperturbable, continuait à avancer avec grâce.

Lorsqu’elle arriva à sa taille, Fahd réalisa qu’elle avait son âge.

Ce n’était qu’une jeune fille.

- « Pourquoi ne rentres-tu pas chez toi ? Pourquoi es-tu aussi en colère ? » pensa-il.

Mais il réalisa que l’expression de la jeune fille avait changé.

Ses yeux, auparavant rouge sang, étaient maintenant d’une magnifique couleur pourpre.

Ils étaient complétement apaisés.

Ce n’était plus de la fureur qu’il lut sur son visage, mais un calme mélancolique.

Sa chevelure argentée étincelait sous une douce couverture de neige.

- « Quand est-ce que je me suis endormi ? J’ai pourtant vraiment essayé de rester éveillé. »

Ses dents se mirent à s’entrechoquer.

De peur ou de froid, il n’aurait pas pu faire la différence.

Des larmes chaudes s’écoulèrent de ses yeux épuisés.

- « L’ange de la mort n’est pas aussi effrayant que dans les contes « se dit-il en essayant de se consoler.

Il détacha ses yeux humides de la jeune fille, et décida de regarder une dernière fois la mer.

La silhouette argentée s’installa dans son banc, et contempla la mer à ses côtés.

Elle lui prit doucement la main, et se mit à chanter calmement.

A cet instant, Fahd n’avait plus froid du tout.

Une voix douce et triste.

Une berceuse d’une beauté impossible à décrire par les mots.

Une voix qui n’avait aucune place dans ce monde.

 

Fahd se vit assis sous un arbre aussi vieux que le temps.

Partout où son regard le portait, il voyait un champ vert infini.

Une brise douce qui faisait danser ses cheveux.

Un soleil orange qui avait achevé ses obligations pour la journée.

Une senteur parfumée d’un océan secret.

Une tendre mélodie.

Une chevelure argentée qui lui frôlait doucement le visage.

Des mains blanches qui lui caressaient la tête.

Des yeux pourpres qui le regardaient avec tendresse.

Emporté par un sentiment de paix, il oublia tout.

Il oublia ce que c’était d’avoir peur.

Il oublia ce que c’était d’avoir froid.

Ses paupières devinrent lourdes.

Mais il n’avait plus aucune raison de résister.

Il ferma les yeux pour la dernière fois.


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