Continuum - 3
Les jours se défilèrent lentement, puis firent placent à des
mois tout aussi similaires les uns que les autres.
Un hiver particulièrement rude se préparait.
Fahd volait au-dessus des nuages. Contre son habitude, Il
avait décidé ce jour-là de tester les limites du ciel. Il continuait à déployer
ses ailes, extasié par le bleu azur qui s’étendait dans tout son champ de
vision.
Il était loin de tout.
Rien n’avait d’importance, à part ce moment-là.
Tous ses soucis s’étaient éteignés avec le vague paysage
vert en dessous de lui. Mais Fahd ne le regardait même pas.
Il continuait à fixer ses yeux dorés vers l’extraordinaire
bleu en dessus de lui.
Une couleur tellement belle qu’il n’arrivait pas à détacher
son regard.
Il laissa ses sens le guider, poussant un cri majestueux alors
qu’il reniflait l’odeur autour de lui, essayant de tout absorber.
Il ne se lasserait jamais de cette sensation.
Une liberté inconditionnelle.
Il fut aussitôt enveloppé d’une couverture de flocons argentés.
Ils étaient doux et chaleureux, et ils chantaient une tendre mélodie rien que
pour lui. Pendant une fraction de seconde, il eut l’impression que les flocons avaient
des yeux pourpres.
Il fut complétement submergé par un sentiment de paix.
Il arrêta de déployer ses ailes multicolores, ferma ses yeux
dorés, et se laissa emporter par les flocons argentés.
Lorsqu’il réouvrit enfin ses yeux, ce fut un ciel gris, métallique,
qui l’accueillit.
Fahd se rendit compte que ses yeux étaient mouillés. Confus,
il essuya lentement ses larmes, et ouvrit sa fenêtre.
Il neigeait aujourd’hui, au Continuum.
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Fahd ne pensa même pas à regarder son téléphone ce jour-là.
Il éprouvait un étrange sentiment de malaise dont il n’arrivait
pas à se détacher.
Son front était brûlant de fièvre.
Il continuait à regarder distraitement la neige.
Dans son vague délire matinal, il se demanda pourquoi il n’y
avait pas d’aigles au Continuum.
« J’ai dû faire un cauchemar. » Pensa-il.
Il essaya tant bien que mal de s’en souvenir, mais le moment
était passé. La seule chose qui lui vint en tête fut une silhouette argentée
qui chantait quelque chose de triste.
Il se dit ensuite qu’il était en retard, et qu’il voulait
bien marcher un peu dans la neige.
Blotti dans son vieux manteau en laine, il arpentait la rue
déserte en direction de son bus.
Des flocons chauds lui tombaient sur la tête.
Il n’avait pas particulièrement envie de fumer ce matin-là.
En réalité, il n’avait même pas envie de regarder ses pieds en attendant son
bus.
Depuis le moment où il s’était réveillé, il avait le
sentiment d’avoir oublié quelque chose d’extrêmement important.
Ainsi, il était inhabituellement attentif à ce qui l’entourait.
Lorsque son bus arriva, il remarqua pour la première fois
une affiche brillante sur la vitre de secours. Une seule phrase :
« Avec les compliments d’Eclipsia »
Comme à son habitude, il avait préparé la monnaie exacte pour
le chauffeur. En entrant, il marmonna un bonjour, déposa les sous sur le registre,
et s’apprêta à s’installer à l’intérieur.
Mais il fut encore une fois pris d’un énorme sentiment de
malaise.
En levant les yeux, il découvrit pourquoi.
Il n’y avait pas de chauffeur.
Juste le son de son argent qui était traité dans le registre
automatique.
Puis une lumière verte pour signaler qu’elle était
approuvée.
Ensuite, la portière qui se refermait derrière lui et le bus
qui démarrait doucement.
« … Depuis quand ? Suis-je devenu tellement distrait
que je n’ai même pas remarqué une chose pareille ? »
Il était seul dans le bus.
Il eut envie de s’asseoir.
Il regarda par la fenêtre les rues blanches du Continuum se
défiler devant lui, essayant tant bien que mal de contenir le tumulte à l’intérieur
de sa tête.
Une fois arrivé aux locaux d’Eclipsia, il s’arrêta devant le
bâtiment noir pour mieux le regarder.
Pendant une fraction de seconde, il éprouva une étrange
terreur.
« … Qu’est-ce que je fais ici ? »
Autour de lui, la rue était complétement déserte. Fahd se
dit qu’il avait dû arriver beaucoup plus tôt que d’habitude.
Absorbé par ses pensées, il ne remarqua les saignements convulsifs
de son nez qu’une fois que le sang avait entaché son manteau.
Il n’avait pas ressenti la moindre douleur.
« … »
« Je demanderai un tissu à Notoris. »
Cette journée était si étrange qu’il ne put se demander s’il
était encore en train de rêver.
Si Notoris était de service ce jour-là, il aurait été accueilli
par un phénomène assez étrange
Un homme au visage tout rouge, aux cheveux tous blancs, qui
marcherait vers lui avec des doigts ensanglantés dans le nez.
Fahd n’arrivait pas à arrêter le saignement.
Pris de panique, il courut aux locaux d’Eclipsia, cherchant
des yeux de l’aide qui ne viendrait jamais.
Il n’aurait jamais pensé qu’il serait un jour désespéré de
ne pas voir le crâne chauve de Notoris l’accueillir le matin.
Il se souvint enfin que Notoris était en congé depuis plusieurs
semaines.
Il gémit de peur, retourna toutes ses poches avant de
trouver son badge, puis entra en frénésie dans son bureau.
Il ressentit enfin un vague réconfort en se rendant compte que
son bureau lui était encore familier.
Rien n’avait changé.
Il soupira, et, fatigué, se laissa tomber sur sa chaise.
Le saignement s’était arrêté.
Une fois calme, il se nettoya le visage et les mains, essuya
les taches de sang de son manteau, et se prépara un café.
- « Je n’ai pas envie de travailler aujourd’hui. »
Il eut brusquement extrêmement envie de voir la mer.
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